Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République par Léon Landini, Résistant
Par la rédaction du site le mercredi 25 août 2010, 17:49 - Lien permanent
Bagneux le 12 août 2010
C’est avec stupeur et indignation que j’ai pris connaissance du discours que
vous avez prononcé le 30 juillet dernier à Grenoble.
Ce jour là, vous avez affirmé que : « La nationalité française puisse être
retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté
atteinte à la vie d’un policier, d’un gendarme, ou de toute autre personne
dépositaire de l’autorité publique».
Stupéfait et indigné parce que votre déclaration va totalement à l’encontre de
l’article premier de la Constitution française qui stipule : « Tous les
français sont égaux, quelles que soient leurs origines ».
Oui Monsieur le Président, égaux en droits et en devoirs, cela signifie que ce
n’est pas parce que qu’un français est d’origine étrangère, (comme vous l’êtes
vous-même) qu’il a moins de droits, ou bien qu’il est un français de moindre
qualité.
Or dans votre discours, vous envisagez d’appliquer des droits différents selon
l’origine de la personne. Il ne peut s’agir là que d’un déni de justice commis
envers les français d’origine étrangère et tout particulièrement contre ceux
qui dans les années 1940 ont combattu l’occupant, les armes à la main et acquis
leur nationalité française « non par le sang reçu mais par le sang versé
».
Par ailleurs, je souhaiterais savoir comment vous allez déterminer « l’origine
étrangère » d’un citoyen français ? Se pourrait-il que vous fassiez, comme
l’ont fait dans les années 1940, les gouvernements fascistes de Pétain et Laval
à l’encontre des juifs, c’est-à-dire, remonter jusqu’à la troisième génération
?
Après votre déclaration, Il me semble indispensable de rappeler les immenses
sacrifices consentis aux cours des deux dernières guerres par ceux que l’on
appelait alors « Les coloniaux » et dont les enfants ou les petits-enfants,
aujourd’hui français, sont les premiers visés par cette loi, que vous
souhaiteriez nous imposer.
Pourtant, les immenses nécropoles se trouvant sur le front de l’Est, aussi bien
que celles se trouvant devant Rome ou Monte-Cassino, prouvent que des dizaines
et des dizaines de milliers de « coloniaux » morts pour la France, reposent
loin de leur terre natale.
Le souvenir de leurs sacrifices devrait vous amener à un peu plus de retenue
envers les jeunes français descendants de ces soldats, «très souvent malgré eux
», qui ont donné leurs vies, afin que notre pays puisse reconquérir son
indépendance et sa liberté.
Si pour un même délit ou crime vous décidez d’appliquer des peines différentes
en fonction de l’origine d’un individu, pourquoi la même chose ne se
passerait-elle pas en fonction de l’opinion des personnes ?
Quelle garantie avons-nous que par la suite, ce même principe ne
s’appliquerait-il pas à toute personne ayant commis un autre délit : par
exemple, avoir fait grève, ou tout simplement ayant participé à une
manifestation que vous n’auriez pas appréciée ?
Le sieur Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, (qui a été condamné le 4
juin dernier à sept cent cinquante euros d’amende par un tribunal pour injure
raciale) avec ses nouvelles propositions, nous indique le chemin que votre
gouvernement désire prendre.
Il a déjà annoncé vouloir étendre la déchéance de la nationalité française aux
auteurs d’homicide, d’excision, de polygamie, d’actes de délinquances
graves.
En ce qui concerne ces actes de délinquances graves, ne s’agirait-il pas, tout
simplement, de ce que j’évoque au paragraphe précédent ?
Je vous avoue sans ambigüité, que le langage et les méthodes utilisées par
votre gouvernement me rappellent ce que j’ai connu avant et pendant
l’occupation, période que je croyais désormais révolue.
De toutes façons, quelles que soient les raisons que vous puissiez invoquer, je
trouve qu’il est déshonorant pour notre pays que vous menaciez de retirer la
nationalité française aux enfants ou aux petits-enfants de personnes qui, dans
un passé récent, ont été l’honneur de notre France.
Car c’est un fait reconnu : soixante six ans plus tard les étrangers de «
L’affiche Rouge », demeurent pour tous l’image emblématique de la Résistance
armée française.
Par ailleurs, bien que vous vous présentiez comme les défenseurs de «
L’identité nationale » je constate avec amertume que vous détruisez chaque jour
d’avantage la « spécificité » et tout ce qui a fait la grandeur de notre
Nation. Jusqu’à notre langue que vous malmenez sans vergogne et que vous vous
attachez à faire disparaître en la remplaçant par un immonde « globisch
».
En tant qu’ancien Combattant Volontaire de la Résistance, comment ne serais-je
point révolté en apprenant que Denis Kessler, un de vos proches amis, ait osé
écrire : « Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire le programme
du Conseil National de la Résistance… Il est grand temps de le réformer
et le gouvernement s’y emploie », sans que vous, ni personne dans votre
entourage ne se soit insurgé contre ce qui est une véritable provocation à
l’égard du monde de la Résistance, auquel vous faîte si souvent
référence.
Comme tous les autres membres de ma famille, j’ai connu les agressions et les
insultes racistes « Sale macaroni ! La France aux Français ! ».
Pourtant ma famille s’est engagée dès 1940 dans la Résistance (en décembre 1940
mon frère Roger et ses camarades ont fait dérailler, en pleine gare de triage
de Fréjus-Plage, 8 wagons de marchandises qui partaient pour
l’Allemagne).
En octobre 1942, j’avais seize ans et demi quand j’ai participé pour la
première fois à un déraillement. Mes états de services dans la Résistance,
(enregistrés au ministère de la Défense) mentionnent une quarantaine d’ennemis
abattus.
En mai 1943, mon père et mon frère furent tous deux arrêtés et effroyablement
torturés par les carabiniers italiens (évadés lors de leur déportation en
Allemagne). Je fus arrêté à mon tour à Lyon en mai 1944, et « interrogé » par
Barbie lui-même.
À la libération, mon père, mon frère, mes deux sœurs et moi-même avons tous
obtenu la carte de Combattant Volontaire de la Résistance.
Mon frère, arrivé en France à l’âge de dix ans, marié à une française et père
de deux enfants français, ne fut naturalisé qu’en 1947, il avait trente trois
ans.
Toutefois, bien qu’étranger, il fut pendant la Résistance commandant de maquis
et homologué Lieutenant de l’armée française avec parution au ” Journal
Officiel “.
Il était invalide de Guerre et Médaillé de la Résistance – depuis son décès en
1962, une rue de Saint-Raphaël porte son nom.
Ma jeune sœur Mimi est Chevalier de la Légion d’Honneur et Chevalier dans
l’Ordre National du Mérite. En ce qui me concerne, fils d’immigrés italiens, je
suis né en France en 1926 au Muy (Var) et suis devenu français par option à
l’âge de dix ans.
Je suis Grand Mutilé de Guerre – Ancien officier FTP-MOI – officier de la
Légion d’Honneur – médaillé de la Résistance – décoré par l’Union Soviétique
pour ma participation aux combats contre le nazisme – président de l’Amicale
des Anciens (FTP-MOI) des Bataillons Carmagnole-Liberté et président de
diverses associations d’Anciens Combattants.
Je tiens à préciser que les FTP-MOI, composés quasi exclusivement de
combattants étrangers ou d’origine étrangère, sont aujourd’hui reconnus par de
nombreux spécialistes de l’histoire contemporaine comme « le fer de lance de la
Résistance armée française »
En revanche, un grand nombre « de ces bons français, défenseurs de l’identité
nationale» qui avant guerre insultaient les étrangers, je les ai, après la
libération, retrouvé en prison pour collaboration avec l’ennemi.
Qui étaient les plus français, Monsieur le Président ?
Il est vraiment intolérable et inadmissible, qu’une telle mesure mettant en
cause les gens d’origine étrangère puisse devenir une loi.
En espérant que vous vous ressaisirez et que désormais en France, pays de la
liberté et des droits de l’homme, chaque Français, quelle que soit son origine,
soit toujours traité avec le respect et la dignité qui est due à tout être
humain.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, les salutations Républicaines d’un
Résistant d’origine étrangère profondément attaché à la Nation française, à la
justice et à la liberté.














Commentaires
Bonjour et bravo!
Je suis admiratif de vos états de faits et partage votre indigniation.Il va s'en dire que la France n' est pas se pays qui croise à coup de gueule et médiatique les mensonge d' un petit président qui ,lui même est d'origine étrangère.Moi aussi j'ai honte!
Vous avez toute mon admiration et mon respect pour le combat que vous avez mener avec votre famille
Mesdames, messieurs !
N'êtes-vous pas ébahis du message précédent ? Oui, chers amis, nous avons affaire à un véritable résistant ! Seulement, n'y a -t-il pas des éléments plutôt paradoxales dans le discours du brave Christophe ? "Honneur, Gloire, Patrie" ? N'a-t-il pas omis de rajouter, dans toute sa vivacité viscérale, "Que vive le Maréchal Pétain", ou du moins "Travail, Famille, Patrie" ? Vous êtes un personnage véridiquement désopilant, Christophe. Vous êtes un tocard profond, un sublime soudard, quelqu'un de borné jusqu'à la débilité, car vous osez vous prétendre "Résistant", et ce, face à l'"islamisme radical"... Vous savez pertinemment que les terroristes islamistes sont loin d'enflammer l'Europe, ainsi devez-vous les confondre avec les musulmans, oui, les musulmans, qui sont loin d'être tous des "islamistes" ! L'Islam, comme la plupart des Religions, prêche le Respect et la Tolérance, et d'autres formes vertueuses de la Vie, qu'elle soit individuelle ou commune. Je ne suis point musulman, en fait, je ne suis point du tout religieux, mais je ne suis pas non plus un fasciste, un ultra-nationaliste comme vous, cher Christophe. C'est en tant que libertaire et communiste que je prône, contrairement à vous et à vos petits compagnons, l'union de tous les peuples contre le système capitaliste et toutes les formes d'autorité en générale afin de construire une société sans classe et sans État, basée directement sur la liberté et l'équité de type sociale et économique. Les nationalistes dans votre genre, Christophe, ne sont que des individus racistes, des amis cachés ou dévoilés des monstres historiques comme Adolphe Hitler et Benito Mussolini, et vous ne désirez que l'instauration armée d'une tyrannie sanguinaire, qui tuerait ou enfermerait tous ses opposants, au nom de la "Patrie", qui n'est qu'un mot parmi tant d'autres de votre langage de parfait philistin. Pour le moment, vous ne valez guère mieux que ces islamistes radicaux, qui n'ont d'ailleurs rien à voir avec les musulmans ! Qui est le national-socialiste, ici ? Ce n'est et ne peut être que vous-mêmes ! Qui est l'intolérant, le raciste, le nationaliste destructeur et instinctivement pétainiste ? C'est vous, encore vous ! Et vous nous démontrer votre ilotisme personnel en osant confondre Joseph Staline, qui n'était qu'un dictateur brutal dénué de toute réflexion (un peu comme vous, devrais-je écrire), avec le Communisme, l'idéologie du monde, des peuples, qui, avant même l'apparition de Karl Marx et de Friedrich Engels, avait pour objectif d'installer un régime égalitaire par le soulèvement des peuples contre l'Oppresseur capitaliste, qui ne donne le pouvoir actuellement qu'aux banques et aux multinationales, au détriment des populations de la planète, et qui ne cesse de créer parallèlement des inégalités sociales et économiques, accompagnant sempiternellement le chômage (vous devriez vous renseignez quant au nombre extraordinaire d'individu sans emploi... En France, malgré la richesse de cette dernière, le chômage a atteint sans la moindre difficulté les dix pourcents. J'ignore si vous êtes un sans-emploi, vous, mais vous devez être un sans-tête à coup sûr). Ceux qui luttent pour l'abolition du capitalisme et de toute forme d'exploitation mentale et physique peuvent eux-mêmes se désigner tels des "résistants", voir même comme des "révolutionnaires", puisque nous ne pouvons compter que sur ces gens-là pour améliorer la société et changer le monde sous tous ses termes. Je vous ferais remarquer par ailleurs que je fais partie de ces gens-là, et ce, avec fierté. Je vous déconseillerais vivement de prendre des armes avec d'autres imbéciles de votre espèce, croyant qu'avec de tels moyens, l'islamisme radicale pourrait être arrêté... De toute manière, Christophe, votre excellent "courage" ne doit pas dépasser les bornes virtuelles d'Internet, et tous les peuples devraient s'en réjouir en vous crachant dessus !
Néanmoins, je vous souhaiterais volontiers une bonne soirée.
Adieu.
Les propos de Christophe me choquent aussi, très profondément ; je n'ai pas grand chose à rajouter au post de Karkorinov, si ce n'est de conseiller à Christophe d'apprendre à écrire correctement le Français et ainsi de faire un peu moins honte à l'orthographe Française.
C'est incroyable la tournure des choses. Les mouvements racistes reprennent de l'ampleur en Europe et ces débats et lois discriminatoires n'arrangent rien. Le discours de ce Christophe ne m'étonne guère; il montre précisément quels sont les amalgames actuels et reprend la propagande d'une extrême droite de plus en plus forte. Ils se disent résistant (le nom même de Front National est un emprunt au Front National de Libération qui était effectivement une véritable organisation de résistants pendant la seconde guerre), ils se disent patriotes contre une soit disant invasion venant du Moyen Orient, et combattent les immigrés qui volent l'économie du pays parait il (alors que pendant ce temps des sommes astronomiques voyagent à travers le monde et atterrissent dans des paradis fiscaux avec le soutien d'organisation économiques autorisés par nos propres gouvernements). Mais on retrouve aussi les sujets classique comme un soit disant complot juif pour contrôler l'économie mondiale. Et toute cette propagande fonctionne très bien; chez les jeunes surtout. Rien qu'aux Etats Unis des jeunes sont mobilisés aux frontières avec l'appellation "libertaires" (encore une récupération) et catholiques pour empêcher les passages de mexicains qui fuient la pauvreté. Aussi, l'amalgame éternel issu de la guerre froide communisme/nazisme n'arrange rien car si les fascismes ont pu prendre le pouvoir en Europe au XXème siècle c'est précisément parce que la sociale démocratie a voulu conserver le pouvoir pendant les crises économiques et sociales en réprimant les mouvements de grèves et les communistes qui les soutenaient. Cela avait créé une division chez les communistes suite à la radicalisation de leurs mouvements et le centralisme du pouvoir sur Moscou, laissant ainsi la place à l'extrême droite (la dernière chose que le peuple allemand à bout ai pu trouver à élire) ! Mais le plus effrayant dans tout ça c'est que dans notre propre pays des écoles privées (catholiques pour la plupart) facilitent l'esprit fasciste et s'en revendiquent en refaisant l'histoire à leur manière et en l'enseignant aux enfants tout jeunes! Voilà pourquoi il faut lutter pour préserver du social dans nos politiques (si difficilement acquis) afin d'éviter de se retrouver dans des contextes de crises similaires à celui qui a introduit la seconde guerre mondiale, combattre les amalgames et lutter contre la discrimination bien sûre.
Bonsoir,
En lisant cette lettre, dès les premières phrases, je me suis dit intérieurement "putain...". Pardonnez moi cette vulgarité, mais c'est ce mot qui m'est venu en même temps que la sensation d'une énorme masse de plomb qui tombe et pèse dans l'estomac tout au long de la lecture.
Il est impossible après avoir lu cela de ne pas comprendre à quel point cette fameuse loi sur la déchéance de la nationalité est totalement en dehors des valeurs qui sont inscrites dans nos lois.
Certes les crimes et délits dont ils sont fait mention dans cette loi doivent être punis, mais la sanction égale à tous et non en fonction des origines. Ce n'est ni plus ni moins un symbole différent que l'étoile jaune que l'on faisait porter aux juifs durant la seconde guerre mondiale.
Comment ne pas en prendre conscience après cette lettre?
Mes hommages à Léon Landini pour cette lettre extrèmement empreinte de sincèrité, ainsi qu'à tous les Résistant(e)s auxquel(le)s je leur manifeste ma profonde admiration!