La bataille de Strasbourg
Par Webmaster le dimanche 12 avril 2009, 10:43 - Bilans - Lien permanent
Informée par Internet qu’un Contre Sommet International de l’Otan allait se dérouler à Strasbourg, je décidai il y a quelques semaines d’y aller. Voyager de Bayonne à Strasbourg sans voiture et à moindre coût n’est pas une mince affaire. Je fus bientôt contactée par d’autres personnes désireuses elles aussi de s’y rendre et tout aussi démunies.
Au moins certains avaient des voitures, mais qui n’auraient pu aller
jusqu’à Strasbourg. Nous optâmes pour un covoiturage à frais partagés jusqu’à
Toulouse, où nous prendrions place dans un bus affrété par le Collectif « La
guerre Tue ». Je passe sur les détails d’organisation et de collecte d’argent
et finirai par dire que nous partîmes 3 de Bayonne, accompagnés de deux
militants Dacquois du Collectif « Front de Gauche » qui allaient sur Paris à
une réunion de Convergence des Luttes et faisaient donc un détour pour nous
amener. Il y avait Grégory, membre du Collectif « Dissent », Charlie, du NPA et
de Solidaire, moi même, représentante d’ « ADR pour un monde meilleur ».
Nous avions un drapeau basque et un - Sud Solidaire - à l’initiative de Charly,
j’avais mes poches pleines de tracts, Greg portait des vêtements customisés de
slogans, la voiture était toute petite, nous voyagions sacs aux genoux et
discutions comme des fous, certains ne s’étaient jamais rencontrés sinon par
mail et nous étions joyeux comme des pinsons. Nous avions tous oublié quelque
chose.
Durant le voyage, nous étions d’accord pour dénoncer le déni de démocratie
auquel se livrent les médias et les politiques en place. Ne pas, malgré tout le
travail d’information de la Coordination du Contre Sommet et des bloggeurs, ne
pas annoncer sa tenue,signaler que 50.000 personnes (au moins) convergeaient
sur Strasbourg de toute l’Europe, avec des délégations grecques, turques,
allemandes, polonaises, tchèques, espagnoles, italiennes, françaises et j’en
passe, à peine mentionner les harcèlements envers la frange pacifiste de la
population strasbourgeoise, une telle indifférence des médias en place envers
l’opinion publique, le manque d’implication des partis politiques, cela
nous scandalisait. Toute la presse était prévenue et nulle part dans les médias
on n’a annoncé le Contre Sommet. Il est urgent de se connaître et de nouer
d’autres formes de circulation de l’Information. Nous nous sentions abandonnés
des médias et du politique.
Arrivés à Toulouse, près d’une bouche de métro nous avons sympathisé avec
d’autres inscrits au voyage. Nous apprenons ainsi que deux bus ont été
affrétés, que le premier devait partir le mardi mais était tombé en panne
jusqu’au mercredi, qu’en tous 107 personnes du Grand Sud Ouest s’étaient donné
rendez vous sur ce parking toulousain pour participer à la manifestation et au
blocage de la ville du samedi. D’autres étaient partis par train ou par voiture
en passant par Bordeaux. On attendait 24 wagons espagnols, Alternative
Libertaire publiait un plan de la ville. Une « legal Team » avait été
constituée, avec des avocats volontaires. La cantine végétarienne et biologique
était bloquée sur le Pont de l’Europe, Nous devions camper dans un champ ( !),
loué 15.000 euros par la municipalité (PS) de Strasbourg, et depuis une
semaine, déjà, quelques uns étaient en train d’installer le campement avec de
la paille et des toilettes sèches. Il n’y aurait pas d’eau et on était parqués
à dix kilomètres de l’entrée de la ville. On nous autorisait à manifester mais
dans un parcours en pleine campagne, la frontière avait été rétablie, 10.000
manifestants européens attendaient à Baden Baden. On annonçait du beau
temps.
Enfin nous fûmes 53 et un bus arriva. Le voyage fut très long et ponctué de
nombreuses pauses, car nous n’avions qu’un seul chauffeur. La presse nous avait
oubliés mais pas la police et toutes les autoroutes menant à Strasbourg étaient
coupées, avec contrôle d’identité et interdiction de passer pour les Transports
en Commun. Le chauffeur nous fait passer par une nationale, mais hélas, immense
embouteillage, seuls sont autorisés à passer les véhicules individuels, deux
heures pour faire trois kilomètres, le chauffeur doit prendre sa pause « de
nuit », il faut qu’il arrête pendant 11 heures, que faire ? Après consultation
d’un GPS nous constatons que nous sommes à 50 km de Strasbourg mais à trois
kilomètres d’une gare et décidons de prendre le train. C’est le grand branle
bas le long de la nationale embouteillée, 53 personnes sac aux dos et tente
dans les bras, sans parler de la cantine. Le drapeau basque de Charly flotte au
devant du cortège, des bannières d’AL rythment le cortège. Nous décidons de
prendre un billet collectif et les agents SNCF nous accordent une
réduction.
Gare de Strasbourg nous nous faisons longuement dévisager par les CRS dont le
bâtiment est envahi. Greg, qui a connaît la ville et nous aiguille sur le tram
qui, après un changement, nous mènera près du campement autogéré. A peine
arrivés sur le quai (avec nos tentes et le papier toilette accroché au sacs à
dos), voilà que la régie des tramway de Strasbourg annonce un incident sur le
réseau et une suspension de la ligne. Nous décidons d’aller un peu plus loin
prendre un bus. La ville est très jolie et totalement déserte. Quelques rares
voitures circulent, ainsi que des vélos. A chaque coin de rue, une soldatesque
ubuesque nous observe. Certains nous filment. Tout à coup, l’avenue où nous
cheminions est bloquée par environ 200 CRS. Nous décidons de bifurquer mais ils
arrivent au pas de charge et nous encerclent, flash ball au poing. Ils nous
font mettre en ligne, les mains au mur, certains protestent que les femmes
devraient être palpées par des CRS femmes et que nous cherchons juste à prendre
le bus pour aller au village alternatif mais nous décidons de ne pas faire
d’histoire et de nous laisser fouiller. On nous demande nos cartes d’identité
et on nous fait vider nos sacs. Des bombes de peinture sont confisquées. Un
opinel est confisqué. Les drapeaux sont confisqués, même les drapeaux blancs
amenés par de jeunes toulousaines sont confisqués. La régie annonce par micro
qu’en raison du sommet de l’Otan toutes les lignes de tram et de bus sont
supprimées. Un porte parole explique que nous ne voulons pas rester dans
Strasbourg mais atteindre le campement alternatif. On nous autorise à
téléphoner à nos compagnons qui sont déjà sur place. Un bus va venir nous
chercher, les CRS nous escortent jusqu’à un bâtiment où ils nous obligent à
rentrer. Nous sommes au Molodoi, haut lieu de la Scène alternative
strasbourgeoise, et lieu de conférence du Contre Sommet, il y a de la soupe et
du café. Au dehors, un mur de CRS nous observe. Nous signalons aux permanents
de la Legal Team que nous nous sommes fait voler nos drapeaux et que les femmes
ont été palpés par de hommes. Le bus vient nous chercher et nous laisse à coté
de nulle part, un no man’s land de tentes et des chapiteaux et des allées de
paille au milieu d’un champs inculte et boueux. C’est le village alternatif et
les première AG auront lieu l’après midi même, avant la grande manif pour la
Paix du lendemain. Mais ceci est une autre histoire, la suite au prochain
numéro.
Donc on était arrivés la veille dans des conditions épouvantables au Campement
Autogéré du Contre Sommet de l’Otan, campement qui avait été
(chèrement, soit 15.000 euros) loué à la municipalité PS de Strasbourg par la
coordination d’Associations et de Partis Politiques qui
appelait à la Manifestation Anti Otan.
Le parcours autorisé aux manifestants faisait 7 km et serpentait le long d’une
nationale déserte, entre un canal et une zone industrielle.
Dix kilomètres séparaient le campement du point de Rendez Vous de la Manif.
Sarkozy devait serrer la main à Merckel à 15 heures sur le Pont
de l’Europe, 25.000 forces de Police (CRS , Gendarmes, Police, etc) avaient été
mobilisées pour nous encadrer, du seul côté français de la
manifestation ; des hélicoptères de l’Armée survolent le Campement vingt-quatre
heure sur vingt-quatre ; des Assemblées Générales auront
lieu au Campement toute l’après midi jusqu’à la nuit, avec des codes de couleur
en fonction des actions projetées.
Au campement, l'activité est bourdonnante : Il y a des cours de désobéissance
Civile mais il n’y a pas d’eau courante, et très peu d’électricité, un point
Internet et Wi Fi a été installé ; la Cantine Végétalienne et Autogérée a
réussi à passer la frontière mais au prix de la confiscation de tous les
couteaux ; nous mangeons avec des
cuillères ou des fourchettes, il y a environ 6.000 personnes à avoir bravé les
contrôles de la Police pour se retrouver là ; toutes les routes sont bloquées,
tous les transports en commun sont interdits, on commence à peine à parler de
nous dans la Presse ; du côté Allemand, 10.000 personnes patientent à Baden
Baden, la frontière à été
rétablie, les trains espagnols sont bloqués, il y a là des représentants de
plus de 24 nationalités, on parle beaucoup en allemand et en anglais.
Différents groupes se forment, nous nous répartissons sous des chapiteaux de
couleur, certains se reposent ou montent les tentes ; il fait doux, au dessus
de nos têtes virevoltent les hélicoptères dans un vacarme étourdissant. Les AG
avaient lieu en allemand, français et anglais. Pour abréger nous dirons des
groupes se forment, par couleur
et objectif : il faut empêcher à tout prix la poignée de main « historique »
d’Angela Merckel et de Nicolas Sarkozy sur le Pont de l’Europe, laquelle est
annoncée à 15 heures. Il faut aussi rejoindre la partie de la manifestation
bloquée de l’autre côté du Pont de l’Europe (10.000 personnes selon nos
informations). Pour ce faire, de
petits groupes partiraient à quatre heures du matin, d’autres à dix heures, le
renfort à onze heures avec pour consigne passer à tout prix et le gros de la
manif (ctdre, les paresseux mais ils n’étaient pas très nombreux) devraient se
débrouiller pour être sur place à quinze heures.
La dessus le camp s’organise, dernière assemblée générale dans le camp
toulousain avant le repas en commun, la presse alternative remballe ses stands,
la cantine fonctionne jours et nuit à prix libre, dans toutes les langues on
entend des chansons d’espoir, d’amour et de révolte. Sous le fracas des
hélicoptères, doucement, le camp s’endort. ..
Question : Comment s’est déroulée la manif ?
Réponse : déjà, c’était un peu embrouillé, avec des départs échelonnés entre 4 et 11 heures du matin. Toute la nuit, nous avons à peine pu dormir parce que les hélicoptère rasaient le campement à grand renfort de bruit de pales. Moi personnellement je suis partie à 11 heures, avec le groupe de Toulouse, mais avec quelques amis, nous avons vite décidé d’allonger le pas pour rejoindre le début de la manif. Il était question, je le rappelle, d’empêcher la poignée de main « historique » entre Sarkozy et Merkel, sur le pont de l’Europe, qui devait avoir lieu à 15 heures.
Question : Quel était le trajet de la manif ?
On avait un trajet agréé par la préfecture, mais c’est en arrivant au point de rencontre que nous avons appris, en lisant le journal (DNA) que le trajet avait été changé pendant la nuit, en fait, la confusion la plus totale reignait sur cette manifestation, nous n’avions aucune idée d’où aller, nous étions bloqués bien en aval du lieu de rendez vous par des cordons de CRS très impressionnants.
Question : Comment vous êtes vous retrouvé sur le pont de l’Europe ?
La question n’est pas de savoir comment on s’est retrouvé sur le pont de l’Europe mais de savoir pourquoi nous n’avons pas été plus nombreux. Non, sérieusement, d’un coup, les CRS, qui bloquaient toutes les voies nous ont cédé le passage, et moi, comme d’autres militants pacifistes, nous nous sommes précipités pour faire la jonction des manifs allemande et française. On s’est littéralement rué sur le pont, à chaque mètre, nous disions : tu crois qu’on est déjà en Allemagne ?
C’est quand on a vu les panneaux « die zoll » qu’on s’est arrêté. De toutes façons on ne pouvait pas aller plus loin, le pont était bloqué par des polizei allemands à l’air « pas tibulaires, mais presque » ainsi qu’avec des chars. Dès que nous sommes arrivé en face des forces allemandes, nous nous sommes assis sur le sol en chantant des slogans contre les frontières.
Question : Que pensez vous des black blocs ?
Je suis contente que vous disiez black blocs et pas black bocks ou black boys comme j’ai pu le lire dans différentes presses régionales ou nationales. Nous étions certains que des incidents pourraient arriver, on nous avait, notamment, prévenus de ne pas mettre de vêtements sombres pour ne pas être amalgamés. Les black blocs représentent un mouvement anarchiste allemand né dans les années 80 et qui a été théorisé notamment par Hakim Bey, dans son ouvrage « TAZ », leur but est de créer des zones d’anarchie temporaires loin de l’état de droit. Franchement les black blocs, ils nous ont cassé notre
manif, on était à peine sur le pont qu’ils ont commencé à mettre en feu l’ancien poste de douane et à ériger une barrière entre nous et le reste des manifestants. Sans eux, je crois qu’on aurait pu passer. De même, plus tard, alors que la manifestation « officielle » cherchait à rejoindre le point de rendez vous, ils ont traîné des wagons sur la voie ferrée, séparant la manif en deux partie, et moi j’étais devant, et lors de la charge des CRS sur les manifestants pacifistes, j’ai cru que j’allais mourir. A part ça ce sont des gens très cultivés et qui ont une réflexion théorique qui n’est pas la mienne. Mais bon, il y a
black blocs et black blocs, la plupart de ceux que j’ai vu à Strasbourg étaient de très jeunes adolescents habillés en noir et qui n’avaient aucune idée de ce qu’ils faisaient. La plupart étaient suivis par de petits casseurs du quartier. Ils n’étaient pas nombreux (les BB) et les forces de police énormes amalgamés sur place auraient pu facilement les arrêter. J’ai vu de mes yeux vu des manifestants pacifistes essayer d’arrêter les black blocs, et les hélicoptère de la
police les gazer de manière aérienne. J'avais jamais vu ça de ma vie, des lacrymo par hélico. Les black blocs, eux, ils s’en foutent des gaz, ils ont des masques sous leur foulard.
Question : le rôle de la presse ?
La presse, je suis verte, ils n’ont pas arrêté de nous poser des questions. Le camp autogéré leur était interdit, sauf une heure par jour, et ils n’arrêtaient pas de nous le reprocher ; les journalistes nous disaient « oui, vous ne savez pas tirer parti de la presse », pourtant, on a répondu à des tas de questions, on a fait des tas d’interviews sur notre désir de Paix dans le monde, et rien n’est sorti dans les journaux, à part les black blocs et les photos d’immeubles qui brûlaient. Au moins un journal aurait pu faire un petit article soulignant que 10.000 personnes s’entassaient dans un camping indigne sans aucun incident et décidés à manifester pour la paix. Mais rien, nada. Aussi une chose que je reproche à la presse c’est que j’ai souvent lu « une station service, un office de Tourisme, une pharmacie et une église brûlent à Strasbourg », c’est totalement faux. C’est les locaux d’une ancienne station service, qui abritaient une pharmacie et un office de tourisme qui ont brûlé, il n’y avait qu’un seul bâtiment, quant à l’église, elle n’a rien eu, à part quelques tags (de Victor Hugo) sur la façade, il y a aussi la polémique de l’hôtel : un hôtel Ibis a brûlé, certains disent que c’est les BB, d’autres que ce sont les fusées explosives jetées du haut des hélicoptères qui ont mis le feu. Je ne me prononcerai pas sur la polémique, mais j’ai des photos du début du sac de l’hôtel, et il n’y a aucun incendie, j’ai vu de mes yeux vus les policiers français refuser le passage aux pompiers allemands, il s’est passé bien deux heures entre le début des incidents (une toute petite fumée) et
l’arrivée des pompiers. Moi même j’ai été blessée par des pierres que nous jetaient les CRS, les casseurs ne sont pas toujours ceux qu’on croit.
Question : Conclusion sur votre retour.
Ben le retour, c’était épuisant, il y avait des bout de manif partout dans la ville, et la police nous a obligé à refaire le parcours en sens inverse pour revenir au campement, 17 km à pied.
Question : Et alors, la suite de l’histoire ?
Ben la suite, je sais pas, j’hésite entre retourner à de grandes manifs, comme Strasbourg, ou prochainement la Turquie, ou alors me consacrer uniquement à la communication. Le rôle des médias est atterrant, il faut faire quelque chose : pour moi, ce sont les journaux - ceux qui refusaient avant Strasbourg de parler de nous et qui après n’ont parlé que des black blocs - les premiers coupables, et je remercie Ekaitza de m’avoir interviewée.












